Rare, très rare, est l’automobile qui ne subit aucune critique au cours de son existence. Et pourtant, l’exception existe. Elle porte un nom aussi mythique que mélodieux : Ferrari 250 GTO.
Icône absolue, fantasme roulant, incarnation de l’élégance et de la performance, la 250 GTO est bien plus qu’une voiture. C’est une sculpture en mouvement, une légende née dans les coulisses de la Scuderia Ferrari au tout début des années 60, à une époque où la compétition n’était pas un choix marketing, mais un véritable laboratoire technologique.
À Maranello, la victoire était une obsession. Si la 250 Testa Rossa triomphait déjà dans les grandes lignes, Ferrari visait alors une autre catégorie : le Groupe 3. Pour cela, il fallait succéder à la redoutable 250 GT SWB. Une tâche monumentale, confiée aux plus brillants esprits de la maison.
C’est Giotto Bizzarrini, ingénieur de génie, qui en posa les premières bases. Il conçut deux prototypes, mais un désaccord avec Enzo Ferrari le poussa à partir. La mission fut alors confiée à Mauro Forghieri et Sergio Scaglietti. Ensemble, ils façonnèrent les lignes de cette nouvelle Ferrari, peaufinées ensuite en soufflerie. Et quelles lignes ! Sensuelles, tendues, pures… Ce dessin fait aujourd’hui partie des plus belles œuvres jamais esquissées dans l’histoire de l’automobile.
Sous le capot, une cathédrale mécanique : un V12 de 3 litres développant environ 300 cv, suffisant pour déplacer ses 880 kilos. De plus, la 250 GTO embarquait le meilleur de la technologie Ferrari de l’époque : boîte à 5 rapports, suspension avant à bras, pont arrière rigide, freins à disque, châssis soudé à la main… Chaque détail respirait la course.
Elle fut mise au point sur le circuit de Monza, où Sir Stirling Moss établit un record du tour, puis ensuite battu par Lorenzo Bandini, lors des derniers essais. La voiture était née pour gagner. Et elle gagna.
Dès ses premières apparitions, la 250 GTO s’imposa, si bien que certains concurrents allèrent jusqu’à contester sa légitimité auprès de la FIA. Pour courir en Groupe 3, un constructeur devait produire au moins 100 exemplaires. Ferrari n’en produisit que 36 : 33 équipés du V12 3.0L, et 3 dotés d’un V12 de 4.0L. Mais Enzo Ferrari défendit son œuvre avec fougue, arguant qu’il ne s’agissait que d’une évolution de la 250 GT SWB. La FIA, sous pression, ferma les yeux.
Résultat ? La Scuderia Ferrari remporta le championnat du monde des constructeurs en 1962, 1963… et 1964. Une domination implacable.
Aujourd’hui, la 250 GTO est bien plus qu’un simple objet de collection. Elle est un Graal. Son prix reflète son aura : entre 50 et 70 millions d’euros selon l’état et le palmarès. Pourtant, ces bijoux roulants, manipulés aujourd’hui avec des gants blancs et une révérence presque religieuse, ont connu des courses effrénées, des sorties de piste, des tonneaux… et ont souvent été reconstruites dans la foulée. Ces voitures ont vécu. Elles portent les cicatrices du temps, les échos des cris de joie comme des silences lourds de drame.
La Ferrari 250 GTO n’est pas seulement une voiture. C’est une mémoire sur quatre roues, un frisson d’aluminium et de feu. Une œuvre d’art, une machine de guerre, une page vivante de l’histoire automobile.
Calvin FATIN.

