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20# Un constructeur sort ses griffes

Dans l’histoire de l’automobile, certaines époques ne s’effacent jamais.  Les années 80 en font partie. Une décennie où le sport automobile, plus que jamais, servait de vitrine technologique et de théâtre d’expression brute pour les constructeurs. Et dans ce tumulte de bruit et de fureur, une marque française allait faire trembler les géants : Peugeot, le lion blessé… mais prêt à bondir.

Au début de la décennie, Peugeot sort difficilement d’une crise qui a bien failli l’emporter. Mais une lueur apparaît. En 1983, la 205 est lancée. Une citadine vive, moderne, pleine d’ambition. Elle ne sauve pas seulement la marque, elle incarne sa renaissance. Et pour sceller ce retour à la lumière, Peugeot décide de frapper fort, très fort… en rallye.

Cette même année, la FIA introduit un nouveau règlement : le mythique Groupe B. Une catégorie presque sans limites. Les ingénieurs peuvent tout oser. Pour Peugeot, c’est une opportunité en or. Tandis que Lancia et Audi s’affrontent dans un duel devenu légendaire, la marque au lion prépare, dans l’ombre, une arme absolue.

Et quelle arme. Les ingénieurs créent un véritable monstre de compétition. Transmission intégrale, moteur turbocompressé, châssis affûté comme une lame. Le tout enveloppé dans une silhouette inspirée de la 205… mais qui n’a plus grand-chose à voir avec le modèle de série.

Le moteur est positionné en central arrière, juste derrière les sièges. Le réservoir est placé sous les occupants pour une meilleure répartition des masses. L’auto est élargie, abaissée, sculptée pour la performance pure. Puissance. Agilité. Légèreté. Brutalité. La 205 Turbo 16 est née. Et elle n’a qu’un but : dominer.

Dès sa première saison, en 1984, la version Évolution 1 développe 365 chevaux. Alignée sur cinq manches pour apprendre, elle en remporte trois. Les bases sont posées.

L’année suivante, elle explose. En 1985, Timo Salonen et son copilote Seppo Harjanne offrent à Peugeot le titre mondial. La T16 écrase tout. Mieux encore, arrive alors l’Évolution 2 : 530 chevaux. Oui, cinq cent trente chevaux dans une voiture de rallye de moins de 1000 kg. Mais la violence de ces machines a un prix. En Argentine, Ari Vatanen subit un terrible crash. Grièvement blessé à la colonne vertébrale, il entame une longue convalescence de 18 mois. L’alerte est donnée, mais la course à la puissance continue.

En 1986, le duel fait rage entre Peugeot et la Lancia Delta S4, autre monstre du Groupe B. Peugeot et la T16 décrocheront un deuxième titre constructeur avec Juha Kankkunen et Juha Piironen en copilote. La saison est aussi spectaculaire que tragique. Le décès d’Henri Toivonen et de son copilote Sergio Cresto marque un point de non-retour. Trop de morts. Trop de risques.

La FIA tranche : le Groupe B est banni. Les voitures sont devenues incontrôlables, dangereuses, démentielles. Des bombes à retardement lancées à pleine vitesse. Pour les constructeurs, c’est un séisme. Des millions investis… balayés. Mais Peugeot n’a pas dit son dernier mot. La 205 Turbo 16 entame une seconde vie. Elle s’attaque à la légendaire montée de Pikes Peak, avant de conquérir les pistes du Paris-Dakar, qu’elle remportera avec brio.

Pour homologuer sa voiture de course, Peugeot produit 200 exemplaires routiers de la 205 Turbo 16. Une voiture sauvage, civilisée juste ce qu’il faut. Côté compétition, 40 châssis de Groupe B voient le jour : 20 Évolution 1, 20 Évolution 2. Des machines rares, brutales, devenues aujourd’hui des pièces de collection inestimables, dépassant largement le million d’euros.

Calvin FATIN.